La prison dorée des créateurs de contenu (et comment on en sort)

Pour le créateur qui poste sans relâche, plafonne, et sent qu'il tourne en rond.

· Remy Jupille

Il y a une phrase que je répète souvent, parce que je l’ai vue se vérifier des dizaines de fois : tout le monde finit par faire de la pub. Pas parce que c’est à la mode. Parce que c’est presque une loi de gravité quand on veut vivre sérieusement d’un business en ligne.

Et pourtant, plein de gens résistent. Ils s’accrochent à l’idée qu’ils vont réussir uniquement grâce à leur contenu, sans jamais mettre un euro en publicité. Je les comprends, j’y ai cru moi aussi longtemps. Mais je veux te montrer pourquoi cette croyance est un piège, et pourquoi je l’appelle une prison dorée.

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Le jeu infini qui t’épuise

Le premier problème du contenu, c’est son instabilité. Une vidéo marche, la suivante fait un flop, et tu ne peux pas savoir laquelle à l’avance. C’est comme lancer une pièce, sauf qu’il y a bien plus de chances qu’elle retombe du mauvais côté. Les contenus viraux sont des exceptions. La majorité des contenus ne percent jamais.

Pour un entrepreneur, c’est un poison lent. Parce que le plus gros défi psychologique, quand tu te lances, c’est déjà l’insécurité. Tu as accepté de perdre le CDI, de gagner 10 000€ un mois et potentiellement zéro le suivant. Si en plus la source même de tes clients est un tirage au sort, ça devient invivable. Tu surcompenses, tu épargnes de façon exagérée, tu as peur du mois prochain. Et finir un mauvais mois devient très dur, parce que tu as la sensation que les suivants seront pires.

À ça s’ajoute l’énergie. Le contenu, c’est ce que j’appelle un jeu infini. Tu ne peux jamais t’arrêter. Le jour où tu arrêtes de créer, tu arrêtes d’avoir du business. J’ai longtemps voulu croire le contraire, que je pourrais un jour lever le pied et laisser tourner. C’est faux. Et cette énergie a besoin de fierté pour se recharger, exactement comme à l’école les bonnes notes te motivaient. Sauf qu’ici, peu importe l’effort que tu mets, la note reste pile ou face. Au bout d’un moment, se remotiver devient épuisant. C’est pour ça que les créateurs qui durent cinq ou dix ans sont si rares.

Le cap invisible

Le deuxième piège, c’est le plafond. Le fameux « cap ».

Des gens viennent me voir tout le temps avec la même histoire. Ils font 10 000, 20 000, parfois 30 000€ par mois avec leur contenu. Ils ont tout essayé pour passer au niveau supérieur : poster deux fois plus, soigner le montage, passer d’une journée à une semaine de travail par vidéo. Et rien. Ils restent bloqués au même palier.

La raison est simple : ils ne contrôlent pas le trafic que leur business reçoit. Miser sur le contenu organique, c’est accepter qu’un jour tes vidéos toucheront moins de monde, et que pour gagner plus il faudra produire toujours plus, toujours mieux, un truc déjà très difficile à faire. C’est là que je vois des créateurs déprimés. Ils sont enfermés dans un modèle où le seul moyen de gagner leur vie, c’est de créer sans fin, ils n’arrivent plus à s’arrêter, et ils réalisent qu’il faudrait faire de la pub pour débloquer la suite. C’est ça, la prison dorée. Elle brille, mais les barreaux sont bien là.

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Les deux énergies de l’entrepreneur

Voilà le point que presque personne ne comprend. Un entrepreneur a deux énergies à sa disposition : l’énergie de son temps, et l’énergie de son argent.

Le créateur de contenu pur ne joue qu’avec la première. Pour doubler ses revenus, il doit produire deux fois plus, se lever plus tôt, puiser dans sa créativité et sa motivation. C’est un mur. La publicité, elle, mobilise l’autre énergie. Tu crées une pub une fois, et elle tourne 24 heures sur 24 sans que tu fasses quoi que ce soit. Tu veux gagner plus ? Tu augmentes le budget. C’est aussi simple que ça. Les vrais entrepreneurs ne travaillent pas plus, ils investissent, ils utilisent leur argent comme un carburant pour alimenter le système.

Et c’est là qu’arrive la vérité qui dérange : le volume finit toujours par battre la rentabilité. Un créateur qui fait 10 000€ avec 100% de marge se sent malin. Mais celui qui investit 10 000€ en pub pour générer 30 000€ gagnera 20 000€ net, même avec une marge plus faible. À la fin, ce qui compte, ce n’est pas ton pourcentage de marge ni ton chiffre d’affaires. C’est combien tu as en plus sur ton compte à la fin du mois. Et sur ce critère, celui qui fait du volume gagne toujours.

Je ne dis pas ça pour te vendre quoi que ce soit. Il y a une exception, d’ailleurs : si tu fais du contenu en pur hobby, un side project tranquille sans ambition de vrai business, reste comme ça, c’est parfait. Mais si tu veux vraiment construire une entreprise, être libre, tenir dix ou vingt ans, alors un jour ou l’autre tu franchiras cette porte. Autant le savoir maintenant, et arrêter de t’épuiser à repousser l’inévitable. Surtout qu’avec l’intelligence artificielle, faire de la pub est devenu beaucoup plus simple qu’avant.

Alors dis-moi, je veux vraiment ton avis : tu es plutôt team « je réussirai uniquement grâce à mon contenu », ou tu penses comme moi qu’on finit tous par faire de la pub ? Et si tu plafonnes en ce moment, qu’est-ce qui te retient de tester ? Réponds-moi en commentaire.

Je détaille tout ce raisonnement, avec les chiffres et les exemples, dans un épisode complet. Si tu veux aller plus loin, tu le retrouves ici :

- Rémy

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Cet article a d'abord paru dans Digital Selfmade, la lettre de Rémy Jupille.

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